Les demandeurs d’emploi face au chômage

Article rédigé par Christelle et Dominique

INTRO : PRECARISATION DES PERSONNES EXCLUES DU CHOMAGE

Sous le gouvernement Di Rupo, en janvier 2015, près de 20.000 personnes sans emploi ont été exclues du chômage suite à l’entrée en vigueur de la limitation des allocations d’insertion en trois ans, décidée en 2012.

L’Université Catholique de Louvain (UCL), mandatée par l’Observatoire Bruxellois de l’Emploi d’Actiris, a interrogé 55 d’entre elles. Six mois à un an après avoir été exclues du chômage, les personnes concernées disent vivre cette sanction comme une injustice et la contestent!

Les personnes qui ont perdu leurs allocations de chômage se sentent dévalorisées et ne trouvent pas toujours les moyens face à leur recherche d’emploi.

Source : « Etre exclu du chômage, plus qu’une sanction, une injustice » – Le Vif (29/04/2017) mise à jour à 14:1. [consulté le 17 mai 2017] Disponible sur http://www.levif.be/actualite/belgique/etre-exclu-du-chomage-plus-qu-une-sanction-une-injustice/article-normal-653867.html

Lorsqu’on se penche à présent sur les chiffres du chômage de l’ONEM : «En mars 2017, 377.930 chômeurs complets indemnisés demandeurs d’emploi ont perdu une allocation, soit 13.567 en moins qu’en mars 2016 (-3,5%). Ces 377.930 allocataires se répartissent comme suit: 349.905 chômeurs complets indemnisés demandeurs d’emploi admis sur la base d’un travail à temps-plein ou admis sur la base des études, 21.320 chômeurs complets indemnisés demandeurs d’emploi bénéficiant d’un complément d’entreprise. »

Cette institution n’oublie cependant pas de mentionner que :

«Il importe toutefois de tenir compte de la modification réglementaire concernant la limitation du droit aux allocations d’insertion. »

(Source : Les chiffres fédéraux des chômeurs indemnisés – mars 2017 [en ligne]. Site de l’ONEM [consulté le 17 mai 2017]. Disponible sur http://www.onem.be/fr/les-chiffres-federaux-des-chomeurs-indemnises-mars-2017)

Ces chiffres, éclairant le nombre de demandeurs d’emploi en Belgique en mars 2017, affirment que le nombre de ces derniers diminue par rapport à celui du mois de mars 2016.

Cependant, ces données ne prennent pas en compte les nombreuses exclusions du chômage, qui ont fait plonger des milliers personnes dans une situation sociale et personnelle difficile, que représente le chômage.

Sous le chômage, l’espoir

Cela nous a semblé une évidence que de réaliser un article sur la problématique sociale et existentielle des chômeurs et les méandres de l’administratif qui sont parfois liés à cette situation. Etant nous-même concernées, cette démarche vers les autres nous a aussi conduites vers une introspection personnelle.
Face à cette situation morose et pénible que constitue parfois la recherche d’emploi, nous à avons voulu, à travers cet article, souligner et surtout rappeler le fait qu’il y a de l’espoir et qu’il importe de se concentrer sur ses rêves et projets pour aller de l’avant.

Pour ce faire, nous avons tout d’abord interrogé Daniel, photographe et infographiste de formation, au chômage depuis quelques années maintenant, qui poursuit le rêve de monter une ASBL et de créer un site internet.

Nous avons aussi recueilli le témoignage de Chris, qui ne perd pas espoir, même si elle traverse actuellement une phase parsemée des difficultés.

Dans le supplément, vous trouverez la retranscription de l’entretien mené auprès de Daniel, ainsi que des statistiques supplémentaires sur le chômage en Wallonie.

  1. INTERVIEW DE DANIEL

Comme Daniel, beaucoup de chômeurs indemnisés, ou non, se retrouvent dépourvus faute de trouver un emploi et doivent faire preuve de courage pour trouver un travail stable.
Rencontré à la FGTB, Daniel est né en 1968 de parents immigrés italiens (anciens restaurateurs), «pur liégeois », il a toujours vécu dans l’appartement familial.
Hélas, en mars 2017, il perd sa maman et tout bascule (une pension en moins fait un fameux trou dans le ménage). En effet, il se voit du jour au lendemain, acculé par des factures à payer et frise à court terme une situation précaire.
Polyvalent: infographiste, photographe, DJ, et vidj (vidéos), Daniel a travaillé auparavant dans des agences de voyages et préparait des visuels pour la télé.
Il nous dit d’emblée: «Je suis trop qualifié, je voudrais travailler pour moi-même » puis nous explique son dessein de travailler dans une ASBL qui est son rêve professionnel.

Très anxieux quant à sa situation chaotique, le chômage lui accorde un sursis de 6 mois, puis plus rien..le seul recours: le CPAS.

Daniel se plaint de la conjoncture actuelle en déplorant qu’il y ait peu d’offres sur le marché et de surcroît, on exige de plus en plus de qualifications et de compétences spécifiques.
On lui demande s’il est inscrit dans les agences d’intérims et sa réponse négative nous a surprises…
Daniel nous fait cette confidence qu’à défaut, il travaillerait dans l’horeca.
Il ne veut surtout pas être indépendant car pour lui, c’est trop taxé et submergé dans l’administratif.
Daniel rêve d’avoir sa propre TV sur le net et une télé qui fonctionne en arborant un sourire.
Daniel nous semble assez fataliste et résigné et termine notre entretien avec ses mots: «Il faut vivre avec !».

Truc et astuce: Création d’une ASBL (Association Sans But Lucratif)
Afin de pouvoir aider Daniel à concrétiser son rêve de créer une ASBL, nous avons pensé utile de proposer, dans cet article, des informations sur ce processus, qui peuvent aussi être utiles à d’autres demandeurs d’emploi aspirant au même projet !


L’asbl, se compose d’un groupe de personnes physiques ou morales qui ont une activité ayant un but désintéressé.

Une ASBL doit se former de 3 membres et ne requière pas d’apports financiers, sauf tout ce qui concerne les frais administratifs liés à la réalisation de l’association.

C’est donc une structure qui ne se livre pas à des opérations industrielles ou commerciales et qui ne cherche pas à procurer à ses membres un gain matériel.

Une loi prévoit les obligations à respecter en ce qui concerne la création, le fonctionnement et la dissolution de l’ASBL.

2 étapes sont nécessaires à la construction d’une asbl:

– Un dépôt des statuts et du registre des membres au greffe du tribunal de commerce ;

– La publication des statuts et des administrateurs

Concernant les barèmes de rémunération, ils sont fixés dans le CCT ( Convention Collective de Travail) et se basent généralement sur deux critères: la fonction exercée par le travailleur et son ancienneté.

*1 : Sources : Les asbl (les associations sans but lucratif) [en ligne] (consulté le 05 mai 2017) Disponible sur https://www.assoc.be/index.php?page=introduction_aux_asbl

  1. RECIT D’UNE JEUNE FEMME DE 30 ANS

Pour respecter la parité, nous vous proposons de lire une partie du récit de vie d’une jeune femme illustrant sa conjoncture actuelle difficile et réelle!

Suite à l’entretien avec Daniel, nous avons voulu recueillir le témoignage de Chris qui vit dans une situation de chômage difficile mais pas sans issue.

Voici le récit d’une jeune femme de 30 ans qui est aussi à la recherche d’un travail dans le secteur de l’infographie. Elle est exclue du chômage depuis 2016 (elle est en effet arrivée au terme des 4 ans de chômage, et a été sans boulot pendant ces années).

Elle rencontre des difficultés pour trouver un travail malgré toutes les démarches et les formations effectuées.

Chris se retrouve dans une impasse, vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Les jours passent et se ressemblent, elle se met tous les jours à la recherche d’un emploi (ou d’une éventuelle formation..), mais sans réponse positive. Chris a pourtant fait des études d’infographie durant son parcours scolaire secondaire pour s’orienter vers la photo durant ses études supérieures. Sortant de St-Luc avec son diplôme en poche, elle s’est mise à rechercher du travail dans la photo pour se rendre compte que ce domaine n’ouvrait pas toutes les portes! En 2014, elle s’est dirigée vers une formation à l’IFAPME Château Massart option Accueillante d’enfants et a obtenu son diplôme. Ne voulant pas travailler dans ce domaine, Chris a suivi des formations complémentaires (notamment en langues en néerlandais – via le Centre Corail.)

Habitant toujours chez ses parents (tous deux indépendants), Chris éprouve des difficultés à cohabiter avec eux, faute de boulot et donc de revenus suffisants pour voler de ses propres ailes.

Le moral n’y est plus!¦ elle a pourtant envie de quitter le nid familial et de partir s’installer.

Chris déborde d’énergie, très motivée et déterminée à montrer sa capacité Ã travailler au sein d’une société.

Elle rêve de pouvoir évoluer professionnellement dans une société qui lui fera confiance!

Elle se voit bien travailler dans une entreprise de graphisme ou de communication visuelle, travaillant sur des projets de logos, ou encore de différentes mises en page de folders, dépliants, cartes de visites, travaux grands ou moyens formats…et puis, par la suite, pourquoi pas continuer à évoluer au sein même de la société qui l’aura embauchée?

C’est tout ce qu’on lui souhaite 😉 !

Conclusion

Pour conclure, il faut malgré tout garder en tête que trouver un travail n’est pas toujours facile! Heureusement, pour cela, il y a des aides: l’ASBL Proforma, le Forem, les agences d’intérim, sans oublier aussi l’entourage qui soutient moralement le demandeur d’emploi dans ses différentes démarches.

Lorsqu’on est chômeur, il faut avant tout garder courage et surtout faire ce qu’on aime, y croire, selon une citation de Bernard Fontenelle: «On ne réussit qu’à force de patience et de persévérance».

 

Lorsqu’ un événement malheureux survient, nous avons 3 choix:

le laisser définir notre vie,

le laisser nous détruire,

ou s’en servir pour devenir plus fort.

Les interventions de Chris et Daniel ont bien illustré leur déterminisme et leur volonté de changement et d’affirmation de soi.

Et comme le disait Paulo Coelho: «Chaque désir peut être satisfait avec du travail et de la persévérance.» («Sur le bord de la rivière Piedra» (1994))

 

SUPPLEMENTS

  1. Retranscription de l’interview de Daniel
  • Depuis combien de temps êtes-vous au chômage ? Je suis au chômage depuis ± 20 ans, mais j’ai la possibilité de le prolonger pendant 6 mois afin de créer mon ASBL. J’ai une formation de direction multimédia à STE-Formations et une formation en photo suivi en cours du soir à St-Luc. Ensuite, je me suis dirigé vers la restauration, boulot que j’ai effectué en intérim. J’ai également une formation en arts et métiers, option infographiste. J’ai travaillé chez Wasteel (agence de voyage), afin de préparer les visuels de l’agence.
  • Quel est votre sentiment actuel ? J’ai l’envie de créer mon propre travail par la création d’une ASBL mais pour cela, il faut 2 administrateurs et 1 président. J’ai également la possibilité d’avoir un APE mais s’il n’y a rien de changé après 6 mois, c’est au cas par cas au CPAS.
  • Etes-vous inscrit dans les différentes agences d’intérim? Non, je ne me suis pas inscrit aux agences d’intérim, mais j’ai la possibilité de travailler dans le secteur de l’Horéca.
  • Vous sentez-vous dépassé par la surcharge administrative? Non, je ne me sens pas nécessairement dépassé par la surcharge administrative car je m’arrange pour le faire tout de suite.
  • Avez-vous un (des) enfant(s) à charge et comment gérez-vous vos démarches face à vos recherches d’emploi? Oui, j’ai un enfant à charge, et c’est très compliqué de gérer mes démarches face à ma recherche d’emploi.
  • Savez-vous qu’il y a des aides pour réaliser votre projet professionnel? Oui, je suis au courant mais cela est difficile pour le moment car les sociétés recherchent des personnes expérimentées (ex : un infographiste doit savoir aussi réaliser des vidéos ou maîtriser certains logiciels spécifiques)
  • Quel serait votre rêve professionnel? Avoir la possibilité de créer ma propre web TV et de pouvoir gagner ma vie avec cela.
  1. Statistiques du taux de chômeurs en Wallonie (2*).

A la fin du mois de mars, la Wallonie comptait 164.115 demandeurs d’emploi demandeurs d’allocations et 23 634 jeunes en stage d’insertion professionnelle, représentant ensemble 11,9% de la population active wallonne (indicateur de demande d’emploi), a annoncé lundi Le Forem.

A ces personnes, s’ajoutent 27 751 demandeurs d’emploi inscrits obligatoirement et 14 412 demandeurs d’emploi inscrits librement, pour un total de 229 912 demandeurs d’emploi inoccupés, lesquels représentent 14,6% de la population active wallonne. Fin mars 2015, ce taux de demande d’emploi était de 15,7%.

Le chômage recule parmi toutes les classes d’âge, et notamment pour les personnes âgées de 50 ans et plus (-6,1%) et les moins de 25 ans (-9,2%)

*2 Source: « Le chômage diminue pour la 21e fois d’affilée en Wallonie, baisse dans toute la zone euro», RTBF info (04 avril 2016) [consulté le 17 mai 2017] Disponible sur https://www.rtbf.be/info/economie/detail_le-taux-de-chomage-continue-a-baisser-dans-la-zone-euro?id=9259943

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